7 questions à Arij Messaoudi

Dernière mise à jour : mars 29

Comme promis cette semaine, nous sommes allés à la rencontre de l'artiste visuelle tunisienne afin de découvrir son univers. Découvrez nos 7 questions posées à Arij Messaoudi !

Arij Messaoudi, artiste visuelle tunisienne représentée par la galerie la maison Melem France

Comment avez-vous connu la galerie la maison Melem France ?

C’est à travers les réseaux sociaux que je connais déjà la galerie « La Maison Melem France » dans le cadre d’une recherche artistique concernant les plateformes et les galeries d’art à l’échelle internationale qui s’occupent de la position féminine dans le domaine et le marché d’art ; ce questionnement du « Genre » qui privilègie l’art contemporain et actuel, pas seulement dans le cosmos plastique, mais aussi celui du design, et c’est ce qui fait l’originalité de la galerie.

Qui est Arij Messaoudi ?

Je suis une artiste visuelle d’origine tunisienne de 25 ans, doctorante chercheuse en sciences et théories des arts. J’ai été également responsable artistique d’une galerie d’art en Tunisie. Après avoir décroché mon baccalauréat en 2014, j’ai suivi mes études à l’Institut Supérieur des Beaux-Arts de Sousse, en Tunisie (ISBAS). En 2017, j'obtiens mon diplôme de licence fondamentale en arts plastiques spécialité peinture. Puis par la suite, j’ai eu mon master de recherche en arts visuels, dans le même établissement, en 2020. Et c’est à partir de 2018 que j’ai participé à des expositions collectives et à des projets artistiques en Tunisie. L'année suivante, j’ai dirigé des ateliers de formation d’arts plastiques dont j’ai essayé non seulement de transmettre un savoir-faire artistique pratique, mais aussi théorique vu l’importance de cette science au sein de l’art contemporain et le déroulement des recherches artistiques.

Actuellement, je poursuis ma thèse de doctorat en sciences et théories des arts à l’ISBAS en Tunisie, et ma démarche artistique s’intéresse essentiellement aux réminiscences. Je fais de mes images amnésiques un outil de création visuelle et conceptuelle. Je propose une redéfinition de l’image- souvenir.

Le vécu représente, dans mon approche, un cheminement à reconstituer. L’amnésie devient un territoire de reconnexion de soi tantôt avec sa conservation, tantôt avec son altération. C’est à la fois une source d’ouverture à une nouvelle vie, et un témoin d’existence. Mon œuvre tourne autour des séquences de vie personnelle qui deviennent le matériau fédérateur d’une recherche de soi, qui transite à partir d’un retour vers le passé comme lieu d’interrogations plastiques, vers un présent néoformé.


Que représente l'art pour vous ?

L’art est assez vaste et difficile à définir pourtant il existe partout. Il représente une grande part de ma vie. Il s’agit de s’exprimer à travers des médiums différents par un langage visuel pour réfléchir sur ce monde qui nous entoure. « Parce que l’art est en soi une façon de réfléchir autrement le monde », renchérit le psychologue et art-thérapeute montréalais, Pierre Plante. C’est aussi la façon dont je contemple le monde autrement ; évidemment d’une manière particulière, puisque l'artiste s'adresse à la sensibilité, il s’agit d’un prisme à travers duquel te parvient le monde extérieur. En effet, l'art nous livre et nous délivre des émotions, il exprime le silence du ressenti tout en imprimant sa véracité, c'est mêler la vision des autres, pour les pousser à douter en éveillant la curiosité naturelle des hommes. C’est vital, comme l’air qu’on respire, parce que c’est à travers l’art qu’on peut se relâcher, profiter de la vie et avoir une confrontation pour s’évoluer.

Selon vous, à quoi ressemble une vraie œuvre d’art ?

Une vraie œuvre d’art doit répondre à certains critères essentiels tels que l’universalité, l’accessibilité et l’authenticité. Elle devrait toucher un public aussi large que tout le monde peut l’interpréter. L’art exige également une certaine intemporalité. En effet, un chef d’œuvre doit dévoiler des sujets qui touchent tout le monde à n’importe quelle époque. Une vraie pratique artistique doit répondre à une totale sincérité et correspond à ce que pense l’artiste en laissant transparaître sa personnalité et ses idées.

Quel a été votre premier contact avec le monde de l’art ?

Dès l’enfance j’ai été trop passionnée par les activités artistiques tels que le dessin, le coloriage ... je me sens toujours épanouie en touchant les couleurs, les textures, les crayons etc. Et c’est ma famille qui a creusé ce don afin de déclencher cet éveil artistique ; en outre, l’enfance était mon premier pas vers le vrai monde de l’art. Généralement, les tout-petits aiment griffonner, danser, s’inventer des mondes, chanter des comptines, créer des animaux à partir de pâte à modeler ... En effet, cette passion est sculptée, professionnellement, suite à mon accès à l’Institut Supérieur des Beaux-Arts en 2015, là où ça été mon tout premier contact avec cet univers artistique ; j’ai découvert les épices de ce monde, que j'aimais de plus en plus, chaque fois qu’on s’y plonge, tout en apercevant l’histoire de l’art, les artistes, les expositions, les galeries d’art, etc.


Être une femme artiste musulmane est-il un frein pour évoluer à l’international ?


Être une femme artiste musulmane n’est pas un frein pour évoluer à l’international ; car l’art représente un pont qui peut rassembler toutes les religions, tous les peuples sans distinction de race d’origine ou de religion. Donc, peu importe la religion de l’artiste et son appartenance, ce qui compte c’est son art et le message qu’il a voulut passer au public. L’art est tout ce qu’on peut partager avec l’autre étant une personne différente, et c’est ce qui fait son originalité. Aujourd’hui nombreuses sont les femmes artistes musulmanes qui s’imposent dans le milieu artistique, dans le monde entier, à travers l’ouverture de leurs esprits créatifs et de l’ampleur de leurs œuvres d’arts, et prouvent ainsi, que la religion n’est plus une barrière qui nous empêche pour toucher l’international.

Quel regard portent les tunisiens sur l’art contemporain en général ?

Le parcours des arts plastiques en Tunisie remonte à la fin du XIXe siècle, lorsque les Beaux-Arts dans leur définition classique et occidentale, sont apparut pour être associés à l’ensemble des arts traditionnels locaux relevant de la culture Amazigh, de la civilisation Arabo-musulmane ou encore de l’Empire ottoman. En effet, l’avènement des arts plastiques en Tunisie, dans leur acception moderne, est apparu grâce à l’Ecole de Tunis en 1949, qui fut le stimulant fondamental pour la fondation de l’expérience artistique plastique tunisienne en partageant une certaine idée d'appartenance culturelle commune, et contribuent à un art qui se veut authentiquement tunisien. Et dès la révolution politique en 2011, la scène artistique témoigne d’une véritable effervescence ; les pratiques artistiques tunisiennes ont eu une révolution visuelle et conceptuelle. Avec cette évolution révolutionnaire et avec la liberté d’expression ainsi que l’ouverture sur l’autre, le regard des tunisiens envers la scène contemporaine est changé. Les nouveaux sentiers de l’art contemporain ont favorisé l’émergence de l’art au sein de la société pour que ce dernier devienne de plus en plus accessible au grand public. En revanche, pour une tranche, l’art contemporain, est réservé pour une élite et qui n’est pas accessible pour tout le monde. Pour certains, il s’agit d’un art de folie, avec les sujets, médiums abordés ou même les prix des œuvres ou aussi les côtes des artistes qui sont en perpétuelle élévation, ce qui éloigne un peu plus encore le grand public de cet art qu’il ne comprend pas. Une œuvre d’art contemporaine, pour certains, reste comme une énigme, difficile à décrypter. Parfois les gens sont choqués quand ils ont été confrontés à un art auquel ils n’ont pas été habitués.


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