7 Questions à Elisabeth Gauci

Aujourd'hui on vous présente notre nouvelle artiste peintre, une artiste éclectique et bourée de talent, originaire de Lyon.

Découvrez les 7 questions qu'on a posées à Elisabeth Gauci.


Bonjour Elisabeth, présentez-vous à nos lecteurs s'il vous plaît


Avec plaisir Marina ! Je m'appelle Élisabeth Gauci. Je suis née en 1969 dans l'Isère et je suis fière de mes origines maltaises du côté paternel. Je vis à Lyon depuis une trentaine d'années environ.

Je suis artiste peintre autodidacte. Cinéphile et passionnée de musique, mes goûts sont très éclectiques. Je ne conçois pas un seul jour sans musique, elle m'accompagne partout, jusque dans mes créations. J'aime aussi la poésie, celle qui aborde le thème de la mélancolie, de l'amour, etc… c'est une des sources de mon inspiration. Je vibre sur un poème et je visualise des formes, des images, des expressions, des émotions… j'ai d'ailleurs écrit un recueil de poèmes à 17 ans, «Le mal de vivre», qui a été publié dans une petite maison d'édition grenobloise, Les Editions Solange Brault de Bournonville. Je conserve ce goût pour l'écriture. J'accompagne parfois mes peintures de courts textes, de petits poèmes ou de pensées. Je cite aussi des poètes que j'affectionne.

D'une nature solitaire, j'ai besoin de créer dans une totale solitude que je remplis d'images, de sons, de mots, de couleurs, de rêves… Je crée mon monde, un monde souterrain. Un monde où le temps ralentit. J'étire le temps dans la contemplation. Je suis une grande rêveuse et cet état de contemplation me permet de m'échapper du réel. Un réel que je trouve parfois si pesant.

L'art me conduit dans une sorte d'état second qui me permet de créer. Je puise aussi mon inspiration dans mon vécu. Une bonne partie de mes créations sont en quelque sorte mon autobiographie. Je vous en parlerai davantage dans votre seconde question.


Comment s'est faite votre connexion avec l'art ?


Ma connexion s'est faite dans des circonstances particulières, précisément lorsque je suis tombée malade. Je souffre d'une maladie chronique invisible très douloureuse. Je tiens à dire aux lecteurs et à vous Marina, que je ne veux pas être considérée comme une pathologie, je suis une personne, une femme et je souhaite que l'on voit avant tout l'artiste. C'est très important pour moi, c'est pour cela que je ne parlerai pas davantage de ce dont je souffre.

J'ai commencé par griffonner des dessins au crayon de papier. Cela m'a permis d'exorciser ce mal, de l'exprimer. À chaque fois que je dessinais, je ressentais une libération et du plaisir. Je m'évadais de ma prison d'une certaine façon. Puis du crayon de papier, je suis passée naturellement à la peinture. J'avais besoin d'aller plus loin en peignant des visages qui racontaient ma souffrance. C'est en cela, comme je vous l'ai dit dans votre question précédente, que mon art est autobiographique. J'ai peint aussi une série de visage masqué que j'ai intitulé « L'absurdité de la douleur » (tout est dit dans le titre), accompagné parfois d'un petit texte. Écrire est aussi un bon moyen d'exorciser nos souffrances.

L'art a alors pris une place très importante dans ma vie. C'est non seulement nécessaire à mon équilibre, mais cela est devenu au fil du temps une passion qui m'apporte beaucoup de joie et de plaisir. Je sais aujourd'hui, que je ne peux pas vivre sans créer, même si je ne peux pas le faire tous les jours, quand cela est possible, que mon état le permet, j'ouvre en quelque sorte les portes du Paradis et je me sens heureuse.

Puis, tout récemment, en mai 2021, j'ai pris un virage dans mon style, un enchaînement indispensable, pour aborder un autre thème plus léger, plus doux et que j'espère poétique. Mon thème actuel est l'Amour. J'ai commencé une série, les «Tout Toi». J'en suis actuellement au 10eme. Une partie de cette série est présentée dans votre galerie.

Je travaille actuellement sur le 11eme. Je pense que ce sera le dernier. Je souhaite revenir, toujours dans le même style, à des œuvres qui abordent à nouveau mon autobiographie. Je ressens profondément ce besoin de l'exprimer.



Quel est votre courant artistique et comment reconnaît-on vos tableaux ?


Tout d'abord, je peins quasi essentiellement sur un support papier et sur des panneaux de fibre de bois durs très denses, de petit format. C'est un support que j'apprécie beaucoup. Je compte utiliser d'autres supports.

Je reviens à votre question. Je suis actuellement dans un courant d'art naïf dans un style pictural figuratif. L'art naïf, pour reprendre sa définition, est «un terme générique regroupant les artistes dits "inclassables", autodidactes, c'est-à-dire que leur art leur est propre et ne correspond à aucun mouvement de leur époque».

Ma peinture est facilement reconnaissable. Je peins de longs et grands personnages, au visage découpé dans des papiers journaux, revues. Ils ont de grands yeux ronds cerclés de noir. Des amoureux mélancoliques. Mes personnages n'ont pas de genre. C'est donc volontairement que je n'ai pas voulu leurs donner de sexe pour que tout le monde puisse s'identifier. Ils sont toujours accompagnés d'un animal; un oiseau (le lien entre le ciel et la terre, l'amour, la pureté...), un chat (le mystère est la volupté...), une biche (l'amour inconditionnel et la fragilité, la douceur…), un papillon (la transformation, la métamorphose, symbole de joie et de légèreté de l'être, le monde de l'âme, l'amour…). On retrouve également souvent une étoile (porte bonheur et lumière, harmonie et beauté, mais aussi les 5 sens)

J'intègre dans mes peintures des collages que je souhaiterais dans l'avenir développer davantage. J'utilise une technique mixte à base de peintures acryliques, d'encre de Chine. J'aime utiliser différents médiums.

Et bien sûr, on les reconnaît du premier coup d'œil puisqu'il porte l'inscription, au pochoir, les mots "Tout Toi" !

Pourquoi avez-vous adhéré au concept de la Galerie Melem ?


Tout d'abord je vais vous citer un article que j'ai lu dans un magazine culturel et qui m'a consterné. En France, je cite l'article, «le musée du Louvre ne comptait en 2020 qu'une trentaine de peintures de femmes artistes dans ses collections et le musée d'Orsay, sur les 4463 artistes de la collection permanente, on comptait seulement 296 de femmes, un peu moins de 7 % ! Ajoutons à ce constat, celui de la nature et de l'importance des œuvres. Au Louvre, parmi les 700 oeuvres qui étaient répertoriés dans la *base Joconde, la très grande majorité s'avérer être des dessins et des miniatures. »

*La Base Joconde est le catalogue collectif des collections des musées de France. Ce catalogue a été créé dans les milieux des années 1970.

C'est là l'exemple, parmi de nombreux autres, que les femmes artistes sont encore sous-représentées et que leurs œuvres restent méconnues. Même s'il y a des initiatives qui ont vu le jour pour montrer les œuvres des femmes artistes cela reste trop rare, trop marginal.

Votre concept, Marina, relève de ces grandes initiatives. Votre galerie a été pensée et créée par une femme et pour les femmes. Et qui de mieux pour mettre en lumière les femmes, une autre femme, vous Marina ! J'ai donc tout de suite été séduite parce que vous avez le courage de mettre en valeur l'art féminin et de faire la promotion du travail des artistes femmes dans différents courants. Votre galerie montre toutes les diversités artistiques des femmes, j'apprécie cet éclectisme. Certains penseront, peut-être, qu'une galerie exclusivement féminine est un espace clos qui enferme les femmes artistes entre elles et que c'est faire preuve d'étroitesse d'esprit, que votre galerie est "sectaire". Dans un monde dominé par les hommes dans quasiment tous les secteurs, je pense qu'il est plus que nécessaire que les femmes s'unissent, non contre les hommes, mais pour elles, pour leur place dans notre société, dans l'art puisque c'est du secteur de l'art dont nous parlons. À travers votre initiative, je trouve que le mot sororité dans l'art prend tout son sens. C'est un lien puissant qui unit les femmes artistes et ne les positionne pas comme rivales mais comme sœurs.

Je suis honorée de collaborer avec une galerie telle que la vôtre et je vous souhaite un bel et long avenir !



Selon vous, quelle est la différence entre l'art masculin et l'art féminin ?


Évidemment qu'il existe une différence, c'est incontestable ! Toutes ces inégalités, ce manque de visibilité, cette frilosité à monter l'art féminin dont je viens de vous parler dans votre précédente question.

L'art a un sexe malheureusement, un genre, un statut, une hiérarchie.

Ensuite, pour moi, il existe deux mondes, deux sensibilités différentes entre les deux sexes. Nous ne fonctionnons pas de la même façon, notre Essence n'est pas la même, notre vision est différente, je pense même que nous avons ce quelque chose en plus, que moi même en tant que femme, j'ai du mal à définir. Attention, je ne veux pas dire par là que les hommes sont dénués de sensibilité. Nos perceptions sont différentes pour moi.

J'aimerais qu'un jour, il n'y ait plus cette importance de savoir qui est l'auteur (son sexe) d'une œuvre à partir du moment où elle existe. J'aimerais que l'on regarde une œuvre, que l'on écoute un air de musique, que l'on regarde un film, etc sans se poser la question du genre de son créateur.

Je rêve d'égalité. Mais pour le moment nous sommes loin de cette égalité, je me demande si un jour nous y parviendrons.

Le motto d'Élisabeth Gauci ?


Je vais vous répondre par une des nombreuses citations de Frida Kahlo. C'est une artiste qui me fascine, dont j'admire les rares œuvres d'art, son combat pour les femmes et celui contre la souffrance, la maladie.

« Pour créer son propre paradis, il faut puiser dans son enfer personnel.»